Extrait du carnet de souvenirs de guerre de Paul BIDAULT du 21ème Régiment Colonial
Récit de son internement à Quedlinburg.
16 avril - Depuis ce matin je suis au camp de Quedlinburg. Nous avons voyagé toute la journée d'hier. La ligne de chemin de fer a suivi une vallée entre des collines qui donnent par endroit un aspect merveilleux au paysage. Mais la population est sérieusement hostile aux prisonniers. Dans presque tous les pays que nous traversons, ce ne sont de la part de tous les gens, petits ou grands, que cris et gestes hostiles. Des enfants même nous jettent des pierres. Cependant le train roule sans beaucoup d'arrêt, et l'on oublie complètement de nous ravitailler. Nous avons eu juste le jus avant de quitter le camp. Aussi la faim se fait bientôt sentir. J'ai encore un peu de pain, reste de ce que j'ai reçu dans mon colis. De plus un camarade s'est procuré une boule. Nous sommes cinq à vivre là dessus, et ça ne va pas loin! Le soir seulement vers neuf heures, le train s'arrête dans une gare, et l'on pense enfin à nous. On nous apporte du café, du vrai celui là, le premier que les allemands nous donne depuis le 3 février. Puis deux petites saucisses et un morceau de pain, qui sont vite engloutis. Puis le train repart et arrive à Quedlinburg à 3 heures du matin. Nous restons dans le wagon jusqu'à 5h et nous débarquons. En descendant je suis désagréablement surpris, car les gardiens qui remplacent ceux qui nous ont accompagnés, sont tous armés du fusil Lebel. Le nouveau camp est à environ 3 kilomètres de la ville, mais est loin d'être aussi bien organisé que celui de Giessen. Les baraques sont très légères, et nous avons seulement deux paillasses pour trois. Point de drap, mais deux couvertures chacun. Vers dix heures nous avons eu le café, le pain et à midi la soupe. Mais pour la première elle ne m'a pas régalé. C'était de l'endive cuite avec de la viande, mais c'était amer. Mais comme j'avais faim, ma foi, je l'ai mangé bien qu'à contre coeur. L'après midi on organise notre installation. Nous nous sommes arrangés et nous restons tous les camarades ensemble. 17 avril - Je me suis couché hier soir aussitôt le souper car je n'avais pas fermé l'oeil dans le train. J'ai bien dormi. Hélàs, il faudrait pouvoir s'endormir comme cela jusqu'à la fin de la captivité, car aussitôt levé l'ennui recommance. Ici, nous avons le café et le pain ensemble à six heures. La soupe à 11h1/2 et 6 heures. Nous devons avoir de la viande tous les jours. La ration de soupe est un peu plus forte qu'à Giessen, ce qui n'est pas un mal. Les autres prisonniers d'ici ont en général meilleure mine que nous autres, preuve qu'ils ont moins souffert que nous. Nous ne pouvons écrire que toutes les semaines. Une fois une carte, l'autre une lettre. 18 avril - Maintenant nous sommes installés. Nous ne serons pas plus mal qu'à Giessen, bien que plus mal sous le rapport de l'installation. Certes ce n'est pas un camp modèle, mais nous ne sommes pas embêté. A Giessen nous avions plusieurs appels dans la journée, ici nous n'en avons qu'un le soir à 5h1/2. En dehors de cela, nous n'avons jusqu'à présent absolument rien à faire, que les corvées de la baraque, que nous faisons chacun notre tour. C'est l'oisiveté la plus complète, ce qui engendre fatalement l'ennui. Du matin au soir je ressasse toujours les mêmes idées, et ça revient toujours au même. J'attends toujours les colis avec grande impatience, car malgré qu'ici la ration soit un peu plus forte, j'ai toujours faim. Pourvu que ce changement ne les retarde pas trop. 23 avril - Toujours rien de nouveau, ni lettres ni colis. Je sais pourtant bien qu'il n'y a rien d'extraordinaire à cela, mais cependant je m'ennuie, ainsi sans aucune occupation. 26 avril - Aujourd'hui, j'ai reçu une lettre d'Elise, qui m'a fait grand plaisir. J'aurai été cependant beaucoup plus content d'avoir le colis qu'elle m'a annoncé. Malheureusement il me faudra attendre encore, car le service des colis se fait bien mal ici, et pendant ce temps là je souffre toujours de la faim. Quel supplice! Surtout quand je vois un camarade qui reçoit un bon pain de France. Cet après-midi je suis allée en corvée, pour travailler à mettre des cailloux sur la route. C'est un métier que je ne m'attendais pas de faire mais je me suis bien huré que tout le temps que je serais en Allemagne, je ne travaillerai que quand j'y serai tout à fait forcé et comme aujourd'hui nos gardiens n'étaient pas trop embêtant, j'ai remué environ dix pelletées de cailloux, sous l'oeil amusé des fraulein, qui nous regardent un peu comme des bêtes curieuses. Seulement d'avoir été pendant 4 heures au grand air, ça m'a ouvert l'appétit et la soupe à l'orge que l'on nous a servie ce soir a été vite engloutie. Et encore une fois je vais me coucher avec la faim. J'ai bien du mal à m'habituer à ce régime. 30 avril - Depuis le 27, je commence à trouver le temps moins long, car j'ai déjà reçu deux colis: un d'Elise et l'autre de Blanche. Tous deux m'ont fait grand plaisir, car il y avait du pain dans tous deux. Il était bien un peu moisi, mais je suis tellement affamé que je le trouve quand même excellent. Je ne suis pas encore le plus mal partagé, car d'aucuns recoivent du pain complètement perdu. ça fait rigoler les boches quand ils ouvrent les colis, mais pour nous autres ce n'est pas amusant. 5 mai - Sans qu'il n'y ait rien de changé, il y a tout de même du nouveau. J'ai touché mon mandat il y a deux jours, et il a été le bienvenu depuis le temps que j'étais sans le sou. Cependant il n'y a pas grand chose à acheter mais ça m'a permis de payer mes dettes. Je n'ai pas encore eu de colis. ça me tourmente beaucoup, car je me demande dans quel état ils vont me parvenir. Il y a à la compagnie un garçon de Juranville. J'ai fait sa connaissance ces jours derniers. Lui plus veinard a reçu plusieurs colis de pain. Il m'en a cédé un morceau, et j'en ai été très heureux. Comme j'avais des conserves et du chocolat que Blanche m'a envoyé, j'ai pu apaiser un peu ma faim. Seulement il faudrait maintenant que les autres colis arrivent, car encore une fois je n'ai plus rien. Hier soir j'ai eu la joie de recevoir des nouvelles de toute la famille. Deux lettres d'Elise, une de Renée et une autre d'Eugène. Tout le monde est en bonne santé et j'en suis heureux. Renée m'annonce un colis elle aussi. ça en fait six dans la semaine du 4 au 11 avril, et j'en ai reçu aucun. Ils arriveront peut être tous ensembles. Pourvu qu'ils ne soit pas trop abimés. 6 mai - Hier j'ai eu la joie de recevoir un colis. Il contenant deux pains de 4 livres, aussi ils ont été accueilli avec joie et je me suis couché le soir le ventre plein, ce qui ne m'était pas arrivé depuis longtemps. Maintenant j'attends les autres colis avec impatience, car j'ai du pain (c'est le principal il est vrai) mais je n'ai rien à manger avec. 7 mai - Hier soir j'ai reçu le colis qu'Elise m'a envoyé le 4 avril. Le pain n'était pas trop abîmé, mais les oeufs étaient pourris. Il n'y a rien d'étonnant à cela, depuis si longtemps qu'ils étaient en route. Aujourd'hui je n'ai rien reçu. Je ne sais pas ce que les boches ont depuis quelques jours mais ils sont de bien méchante humeur en ce moment. Hier ils nous ont fait rester deux heures rassemblés sous prétexte que nous n'avons pas été assez vite au rassemblement. Quelques uns qui s'étaient écartés de leur place ont été bousculés par eux, et plusieurs même ont reçu des coups de pied au cul. Il n'y a rien à dire. Quels brutes quand même. Ils ne sont pas tous pareils heureusement. N'empêche que c'est dur de se voir traiter ainsi. ? - J'ai eu une grande joie ce soir car j'ai reçu la photo d'Elise, avec Lucienne et de Paul. J'en ai été très heureux, car depuis si longtemps que je les ai vu, j'étais impatient d'avoir cette photo. Aussi maintenant je serais moins seul. J'ai trouvé Paul considérablement changé. Il est vrai qu'il n'avait que quatre semaines quand je l'ai vu pour la première fois. Egalement j'ai reçu une lettre d'Elise et une de Isabelle. Toutes deux m'ont fait grand plaisir. Isabelle me dit qu'elle m'envoie un colis. J'en suis bien content, mais j'aurai préféré qu'elle garde l'argent qu'elle a dépensé, car je suis sur qu'elle doit en avoir besoin pour elever ses trois enfants. Maintenant je ne souffre plus de la faim. Avec la pain qu'Elise m'envoie, je peux enfin faire de bon repas, aussi le temps me semble moins long depuis que j'ai l'estomac garni. 15 mai - Depuis quelques jours le bruit court avec persistance que les boches auraient reçu un grand échec en France du côté d'Arras. Qu'y a-t-il de vrai de tout cela? On ne peut rien savoir de précis, car on ne voit jamais de journaux boches, sauf ceux édités en français: la Gazette des Ardennes et le Bruxellois. Mais d'après ces journaux les boches sont toujours vainqueurs. Dans le numéro du 10 mai, la Gazette annonce deux grandes victoires remportées sur les Russes, avec au moins 70 000 prisonniers. Ce qu'ils ont fait des prisonniers russes, depuis que je suis en Allemagne c'est à croire que les Russes se laisseraient prendre des lapins. Heureusement que dans tout ce qui nous est raconté il y a beaucoup d'exagération. Tous nous voudrions bien que les bonnes nouvelles soient vraies et que ces maudits boches soient bientôt vaincus. Aujourd'hui j'ai deux colis qui sont arrivés, mais je ne pourrai les avoir que lundi, ce qui fait encore deux jours à attendre. Le pain va probablement encore être moisi, ce n'est pas amusant, mais je suis quand même content de l'avoir. Avec un camarade, boulanger à Pré Nouvellon, dans le Loiret, nous nous sommes associés pour manger nos colis. Comme cela, nous aurons toujours quelque chose, soit l'un ou l'autre. Nous avons tout mis en commun, même l'argent. Charretier (il se nomme ainsi) a reçu ce matin dix francs dans un colis. Heureusement car les fonds étaient en baisse en ce moment. Mais nous n'avons pas grand chose à acheter à part le sucre et le lait pour le café car maintenant nous pouvons avoir du café au lait, et c'est bon après avoir que du jus, souvent sans sucre depuis trois mois. 15 mai - Ce matin j'ai touché les deux colis qui m'avaient été annoncé, ce sont les colis que Renée et Isabelle m'ont envoyés. Dans celui d'Isabelle il y avait une lampe à alcool, et elle m'a servi tout de suite. Placier de Juranville avait des boites de petits pois et nous les avons mangé en compagnie d'un de ses amis, Ponceau un boulanger aussi, Charretier et Leconte. Nous avons ma foi très bien déjeuné. D'ailleurs voici le menu Hors d'oeuvre Sardines-beurre Cassoulet du Périgord Petits pois Fromage Frimault Confiture Dommage que nous n'avions même un verre de vin pour arroser tout cela. Mais nous avons appris à nous contenter de peu, et nous étions heureux d'être ainsi rassemblés autour de la table bien servi, et nous avons mieux déjeûné qu'à l'ordinaire du camp, qui cependant était bon aujourd'hui, puisqu'il y avait une purée de pommes de terre avec du boudin. 20 mai - De plus en plus le bruit court que les boches prennent la pile en France. Que faut-il croire de tout ça. Je voudrais bien que ça soit vrai. Mais il court tant de racontards ici, que je reste incrédule. Sur les journaux que nous voyons les boches sont toujours vainqueurs et repoussent toutes les attaques. Ils repoussent les Russes avec de grosses pertes, en faisant toujours un nombre incalculable de prisonniers. Puis depuis longtemps on parle de l'entrée en scène de l'Italie. Mais je crois qu'elle n'est pas si pressée que cela. Enfin attendons. Mais tout ça ne fait pas arriver les colis bien vite, car je n'ai pas encore reçu ceux du 18 avril, et le pain va surement être abîmé. 23 mai - Jour de Pentecôte. Journée triste, et cependant il fait un temps superbe. Cependant je me suis très ennuyé. Il y a déjà un peu que je n'ai eu des nouvelles, mais cependant je pense que ça va bien à la maison. Vendredi j'ai reçu deux colis. Un d'Elise, contenant deux pains, mais dans un état tel que j'ai été obligé de les jeter. Cela m'a fait bien mal au coeur, car je les attendait avec impatience. L'autre était le colis de chocolat que j'avais demandé à Blanche. Il m'a fait plaisir car comme j'étais sans le sou, j'en ai vendu une douzaine de tablettes à un mark pièce, aussi cela m'a permis de payer quelques dettes, et de me faire un peu d'argent. En ce moment où tant de bruits courent, il est un fait qui doit être bon, l'argent allemand baisse. Le mark qui vallait 1F25 avant la guerre a baissé beaucoup depuis quelques temps. Avant notre départ de Giessen le banquier payait 7 mark 49 pour 10F. En arrivant ici, il donnait 8M69 et maintenant c'est 9 mark 9. Malgré toutes leurs affirmations, le manque d'argent se fait tout de même sentir, et l'argent français se paye bien. Encore une fois quand donc tout cela finira? 24 mai - J'ai reçu aujourd'hui une lettre d'Elise qui m'a fait plaisir. C'est la réponse aux cartes que nous avons écrits avant de partir de Giessen. Maintenant que la nouvelle adresse est arrivée peut-être avec la correspondance et les colis viendront un peu plus vite. J'ai eu un moment d'émotion tantôt, car les boches ont formé un détachement de prisonniers qui doit quitter le camp ces jours-ci. Heureusement je n'ai pas été désigné. Leconte lui s'en va, mais Charretier et Placier restent eux aussi. 26 mai - Le départ a eu lieu hier, mais il n'est pas définitif. Les partants ont seulement changé de compagnie en attendant le départ définitif qui doit avoir lieu demain. Hier j'ai reçu le colis qu'Elise m'avait envoyé le 25 avril. Le pain était encore abîmé et sur huit livres j'en ai juste sauvé une livre et demie. C'est dur quand même de jeter tant de pain quand on en souffre comme ici. Peut-être que maintenant les colis vont arriver un peu plus vite en venant directement. 30 mai - Depuis hier j'ai eu sous les yeux le Bruxellois, Journal publié par les Boches à Bruxelle, et il annonce que l'Italie a déclaré la guerre à l'Autriche. Je pense bien que l'entrée en scène de ce nouveau belligerant va avancer un peu la fin de la guerre. Les boches doivent tout de même trouver la tache qu'ils se sont imposé, est dure. Il y a quelques jours l'un deux qui était de faction nous racontait que sans les Italiens la guerre finirait au mois d'octobre et avec il y en avait jusqu'à Noël, mais le résultat serait le même ce sont toujours eux qui seront vainqueurs. Ils sont comme nous, ils ont aussi confiance, mais cependant quelques uns ont mauvais caractère et depuis quelques temps leur humeur s'en ressent, et nous aussi, car ils usent d'arguments un peu trop frappants, pour nous faire comprendre ce qu'ils veulent de nous. 14 juin - Voilà quelques jours que je n'ai rien noté, mais aussi il n'y a rien de bien saillant. La vie se continue toujours monotone. En quinze jours je suis allé trois fois au travail. Il m'a fallu faire le vidangeur, et ça n'a rien d'agréable, aussi aujourd'hui pour commencer la semaine je me suis fait porter malade. Il y a deux jours j'ai reçu une carte d'Elise avec la nouvelle adresse. Ma première carte a mis un mois pour parvenir à destination, ça n'a rien d'étonnant après cela que je sois quelque temps sans nouvelles. J'ai aussi reçu deux colis la semaine dernière, mais hélàs j'ai été obligé de jeter presque tout le pain. ça m'a fait mal au coeur, car c'est ce qui manque le plus ici, et celui que les boches nous donne devient de plus en plus mauvais. 15 juin - Aujourd'hui il y a encore un départ. Aussi il n'y a plus grand monde dans les baraques. Placier de Juranville s'en va, car il est cultivateur, et aujourd'hui, ce ne sont que des cultivateurs qui partent. J'ai reçu cette semaine un colis avec de l'argent. J'en ai été surpris, mais j'ai été content, car les fonds commençaient à être en baisse. Les correspondances viennent maintenant assez vite. Hier j'ai reçu une carte du 7, et j'en avais déjà reçu la veille du 5 et du 8. Si seulement les notres pouvaient aller aussi vite. 7 juillet - Depuis quelque temps je n'ai rien noté car il y a une quinzaine de jours, mes carnets m'ont été pris par les boches. J'en ai été très contrarié, et je ne croyais plus les revoir. Aussi ai-je été très surpris quand ils me les ont rapporté voilà deux jours. La vie est toujours monotone au camp. Je ne vais toujours pas au travail. Je suis exempt depuis une dizaine de jours. Mon genou me fait mal en ce moment. Pour un rien maintenant il me fait mal. Aussi il faudrait que je prenne bien des précautions quand je serais rentré en France. Hélàs, quand donc viendra ce jour là! Ces jours derniers il y a un départ de malades pour la France. Ils seront échangés en Suisse contre des blessés allemands. Parmi eux se trouvait un camarade nommé Grange. Nous étions bien tous deux, et j'ai été heureux de le voir partir. Mais maintenant le temps me semble bien plus long, car nous fesions tous deux d'interminables parties de piquet, ce qui faisait passer le temps plus vite. 11 juillet - Sur une carte que j'ai reçu hier, Elise m'annonce que Louise est bien malade, ça me tourmente, et je voudrais bien avoir d'autres nouvelles plus précises. 12 juillet - Ce matin Placier est parti travailler dans la culture à une cinquantaine de Kilomètres d'ici. C'est probablement pour faire la moisson. Si c'est partout comme par ici je crois qu'elle ne sera pas belle. Les blés et les orges ne sont pas beaux et sont brûlés avant d'être murs, car il n'a pour ainsi dire pas plus depuis que nous sommes ici, et avec ça il fait souvent du grand vent qui déssèche tout et cependant il ne fait pas de grande chaleur. 14 juillet - Encore une fête tristement passée ici. Naturellement en Allemagne le 14 juillet n'est pas reconnu comme fête et il y a travail comme les autres jours. Hier les boches nous a d'ailleurs avertis à peu près en ces termes : "Soldats français c'est demain fête nationale chez vous. Mais comme les prisonniers allemands en France sont maltraités, il sera strictement défendu de fêter. Tout les chants, rassemblements, dans les baraques et dans la promenade, sont aussi strictement défendu. Ceux qui désobéiront seront fusillé tout de suite. Il y aura travail comme les autres jours, matin et soir." et le boche qui nous faisait ce speech termine ainsi: "Vous avez compris n'est-ce pas. Répondez tous oui." Aujourd'hui la température s'est mise avec nous, il pleut, aussi il n'y a pas eu travail! Mais avec un pareil temps les heures semblent longues, et la journée passe lentement. Tous deux Charretier nous n'avons pas de chance pour les colis car voilà 15 jours que nous n'en recevons plus. ça nous fait toujours comme ça. Nous en recevons tous les jours dans une semaine, puis après nous sommes 15 jours sans rien recevoir. Je ne sais pas d'où ça peut provenir, mais c'est enbêtant car quand nous le recevons le pain est ainsi presque toujours abîmé. Je n'ai pas reçu non plus d'autres nouvelles d'Elise, aussi je me demande comment va Louise. Presque tous les jours maintenant il y a des départs. C'est probablement que la moisson approche. Mais il n'y a guère que les cultivateurs qui s'en vont. Tous les gens de métier restent ici jusqu'à présent. Comme boulanger je ne partirai probablement pas. 18 juillet - Mauvaise nouvelle reçue hier soir. Louise est morte le 27 juin. C'est un bien grand malheur pour Henri, qui se trouve seul à 29 ans. 21 juillet - Hier j'ai failli partir. En ce moment il y a des départs presque tous les jours, et j'ai été désigné. Mais comme ça ne me dit rien d'aller travailler pour les boches j'ai dit au médecin que j'avais toujours des douleurs dans le genou (ce qui est d'ailleurs la vérité), et il m'a laissé de côté. Le matin j'ai été en corvée, et j'ai vu Joseph Houdebine, mon cousin que j'ai trouvé hier à la visite. Je ne le savais pas au camp et j'ai été bien surpris de le trouver là. Nous n'avons pas eu beaucoup le temps de causer, mais nous nous reverrons dimanche à la messe. 8 août - Un an aujourd'hui que j'ai quitté la maison. Que d'évenement depuis. Un an seulement, il me semble pourtant qu'il y a longtemps, bien longtemps que ce cauchemar dure. Une année qu'en temps normal j'aurai trouvé vite écoulée, et qu'ici j'ai trouvé interminable. Je ne croyais jamais que cette guerre durerait si longtemps et quand j'ai été fait prisonnier, je croyais être rentré à la maison pour la fin de juillet. Cependant voilà six mois de cela et la fin n'est pas encore prochaine malheureusement puisque l'on parle maintenant d'une campagne d'hiver. 14 août - Chartier a quitté le camp ce matin pour aller travailler dans un pays à quelques kilomètres d'ici. Le jour où il a été désigné, j'étais allé en corvée,ce qui fait que je n'ai pu partir avec lui. Mais c'était reculer pour mieux sauter, car je vais partir à mon tour. Je vait passer la visite médicale ce matin pour aller travailler. Je ne pense pas que ça soit comme boulanger que les boches m'emploient, car il leur en faut si peu de pain, que le manque de boulangers ne doit pas trop se faire sentir. Le plus embêtant c'est que je suis séparé de Charretier. 16 août - Je dois quitter le camp demain matin avec 14 de mes camarades. Ce matin nous avons passé la revue du commandant de la compagnie. Puis je me demande dans quel but les boches nous ont passé à l'épilation, à l'aide d'une certaine mixture appliquée sur toutes les parties velues de notre individu. Beaucoup n'ont pas accepté cette nouvelle avancée sans récriminer, et il y avait de quoi, mais il a bien fallu y passer. Nous devons aller travailler dans les mines de charbon. ça va me changer un peu avec la farine. Il est vrai que depuis un an je suis déshabitué. La vie nous réserve quelquefois de drôles de surprises.
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Sources
Afin de vous en faciliter l'accès, vous trouverez son carnet de souvenirs ici en format pdf (téléchargement assez long). La numérisation originale est disponible sur le site des Archives du Loiret .